BANDE ORIGINALE

 

Autodidacte et ancien bassiste de Jacques Higelin, Eric Serra fait ses débuts dans la musique de film aux côtés de Luc Besson, qu'il ne quittera plus. Plusieurs fois récompensé pour ses bandes originales, notamment Subway et Le Grand Bleu, il a également écrit la musique d'un James Bond, Goldeneye, et composé plusieurs albums solo, particulièrement influencés par la musique ethnique.

A quel point est-il difficile d'écrire une musique de western en « oubliant » Ennio Morricone ?
On ne peut pas l'oublier, il a frappé tellement fort ! Pour ma génération, il incarne la musique de western par excellence. Du coup, j'ai volontairement glissé dans la BO quelques clins d'œil à Morricone, qui fonctionnent d'autant mieux que le film est une comédie. Globalement, on ne peut pas l'éviter, pas plus que le thème de James Bond : quand j'ai composé la musique de Goldeneye, j'ai été obligé de l'utiliser à certains moments du film sinon ce n'était plus un James Bond ! Et un western n'en est pas vraiment un sans une référence à Ennio Morricone… Ceci dit, j'ai réussi à composer une BO qui a sa propre identité. Et en m'intéressant à la musique mexicaine, je me suis rendu compte qu'il y a beaucoup de thèmes identifiés à Morricone qui viennent en réalité de la musique traditionnelle mexicaine, notamment le « deguello ». C'est une espèce de sonnerie aux morts à base de trompette et de guitare, dont les trois premières notes « font » Morricone alors qu'elles sont typiquement mexicaines !

Justement, avez-vous beaucoup puisé dans les influences espagnoles et mexicaines ?
Oui, je me suis beaucoup amusé à faire des choses pseudo traditionnelles, notamment dans l'esprit des groupes de Mariachi. Ce qui implique des imperfections volontaires et l'utilisation d'instruments de moyenne qualité pour recréer la « couleur » qui est propre aux Mariachi.

Avez-vous utilisé des instruments particuliers ?
Il y a évidemment beaucoup de guitares mais j'ai utilisé des instruments très variés, et parfois très éloignés du genre : ils n'ont à priori rien à faire là mais ils sonnent bien, comme la tambouriza, une sorte de petite mandoline yougoslave, ou la chora, grande harpe africaine. Pour les basses de Mariachi, je me suis même servi d'un instrument africain dont je ne connais pas le nom, composé d'une caisse de contre-plaqué et de lames de scies à métaux. C'est une sorte de piano à pouces en plus gros et cela reproduit parfaitement les basses sans résonances des guitares Mariachi. J'ai aussi utilisé beaucoup de percussions et du melodica (accordéon à bouche). Bref, je me suis amusé !

Avez-vous composé un thème précis pour chacune des deux Bandidas ?
Oui mais l'idée est évidemment de ne pas suivre ce schéma de façon trop rigoureuse : il arrive que le thème de l'une soit jouée pour l'autre et vice versa. A quelle étape de la production avez-vous commencé à composer ? Quand les réalisateurs m'ont demandé d'écrire la musique de Bandidas et que j'ai lu le scénario, j'ai évidemment commencé à y réfléchir. Mais je travaille essentiellement à l'image, j'ai donc attendu le montage définitif pour vraiment m'y mettre.

Est-ce votre méthode habituelle ?
Oui, parce que c'est justement ce qui m'intéresse dans la musique de film : je n'écris quasiment pas une note sans regarder l'image, la synchronisation est permanente. J'essaie d'être le plus précis possible pour que les images dansent sur la musique, que la fusion soit totale. Luc Besson m'a déjà demandé d'écrire avant le début du tournage mais à son grand désespoir, je le fais très rarement !